6 août 2011

LES CORNICHONS

Michel Hebert - 2 août 2011

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Je sais qu’il a l’air super fou devant l’effondrement d’une autre de nos superbes infrastructures routières, un de ces fameux symboles bétonnés du modèle québécois…

Après la meutrière catastrophe du viaduc de La Concorde (qui ne fit finalement aucun coupable), la réputation d’un ministre des Transports au Québec ne vaut pas cher.

Mais Sam Hamad fait ce qu’il peut. Je vous assure que le bonhomme, même s’il n’a pas l’air de ça, est tout à fait dévoué. Plus que certains des fonctionnaires qui l’entourent.
On a fait grand cas aujourd’hui de la présence d’Anne-Marie Leclerc à la télé. Présentée à tous les réseaux comme la «sous-ministre des Transports». Ce qui est inexact. Mme Leclerc est sous-ministre ADJOINTE, directrice générale des infrastructures… Son boss, le vrai sous-ministre, c’est Michel Boivin. Lui, qui vient du ministère de l’Éducation, on ne l’a pas vu… Et ça se comprend. Qu’aurait-il pu nous dire des appuis délimés des paralumes?

Mme Leclerc est habituée aux catastrophes. C’est elle qu’on avait poussé devant les caméras quand le viaduc de La Concorde avait tué sept personnes en 2007. Son boss, à l’époque, c’était Denys Jean, qui venait du ministère de l’Environnement. Qu’aurait-il pu nous dire des armatures du tablier?

Une commission d’enquête a conclu notamment que «l’incurie a sévi sur le chantier de construction du viaduc de la Concorde, suivie pendant toute la durée de la vie utile de la structure de manques et de défauts dans sa gestion». 40 ans d’incurie.

Et c’est pas fini, d’après ce qu’on voit aujourd’hui. 25 tonnes de béton tombent sur une voie publique et, bien sûr, l’État n’est pas responsable… Même si une firme privée l’avait averti il y a trois ans…
Sam Hamad ne peut, à lui tout seul, changer l’ordre des choses. Ni remettre en cause cette tradition d’immunité qui fait que le patron des milliers de fonctionnaires du ministères des Transports ne connaît rien aux transports, au béton, aux structures et au génie. C’est donc une diplômée en psychologie qui prendra les rênes de ce ministère dans moins de deux semaines… Ainsi va la tradition.

C’est comme ça, au sein de l’appareil administratif québécois. La compétence n’a pas d’importance. Imaginez un pot de cornichons, rien n’explique que certains «pickles» montent alors que d’autres restent au fond… Dans l’administration publique, les «pickles» atteingnent le sommet par hasard ou par «ancienneté»…

Ainsi, au Québec, avec un baccalauréat en arts, tu peux te retrouver à la tête du plus important projet informatique du ministère de la Santé. Un prof de sciences po peut lancer un projet immobilier totalement déraisonnable… Que ça finisse en catastrophe financière n’aura aucune incidence sur son petit confort retraité… Il aura même droit à une allocation de 173 000 $ pour foutre le camp…

C’est devant ça, ce monstre hiérarchisé aux compétences aléatoires, que se trouve Sam Hamad. Le forcer à démissionner ne changerait rien. Voudriez-vous qu’on ramène Julie Boulet, pharmacienne de formation? Ou Michèle Courchesne, une fonctionnaire de carrière? Ou un prof d’hôtellerie? Il y en a justement un à la haute direction de la Régie du bâtiment...

La seule solution, la seule façon de changer l’état d’esprit ambiant serait de forcer l’imputabilité. Et d’exiger de la compétence.

De l’inspecteur à l’ingénieur, et de l’ingénieur au sous-ministre. Que celui qui fait mal sa job la perde. Comme dans la vraie vie…

Le prochain fonctionnaire chargé de surveiller un chantier et trouvé à dormir dans son pick-up ne devra pas avoir le droit de s’en tirer… Qu’un entrepreneur incompétent ou tricheur perde sa licence. Point final.

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